Poulinage chez la jument ; ne rien rater

Poulinage chez la jument ; ne rien rater

La naissance d’un poulain est toujours un moment particulier et fébrile pour les propriétaires et les éleveurs. Après pratiquement onze mois de gestation, la mise bas marque l’aboutissement d’un long processus biologique mais aussi le début d’une belle aventure. La mise bas représente également une étape essentielle dans la vie reproductive de la jument et peut être une source de stress et d’inquiétude pour les particuliers comme les éleveurs professionnels.

Dans la grande majorité des cas, le poulinage se déroule sans difficulté et la jument pouline seule. Cependant, il arrive que certaines complications surviennent et évoluent très rapidement. Lorsqu’une intervention vétérinaire devient nécessaire, alors chaque minute compte.

Une bonne préparation et une surveillance attentive des signes de poulinage, représentent la meilleure façon d’aborder cette période. Connaitre et comprendre le déroulement du poulinage permet également d’identifier plus facilement les situations qui nécessitent une intervention.

Les complications liées à la mise bas et a ses suites font partie des situations vétérinaires particulièrement sensibles. Anticiper les risques et connaître les bons réflexes permet souvent d’éviter des situations critiques pour la jument comme pour le poulain.

Les préparatifs avant le poulinage

La gestation chez la jument dure en moyenne 340 jours (entre 320 et 365 jours), soit environ onze mois. Toutefois, cette durée peut varier légèrement selon les individus, l’âge de la jument ou la période de l’année.

Les dernières semaines de gestation représentent une phase importante de préparation. Une bonne organisation permet d’aborder le poulinage dans de bonnes conditions et de réagir rapidement en cas de difficulté.

Le suivi vétérinaire en fin de gestation

À partir du dixième mois de gestation, un suivi vétérinaire gestationnel est recommandé. Ce suivi permet de vérifier l’état général de la jument et de s’assurer que la gestation évolue normalement.

Le vétérinaire peut notamment contrôler :

  • l’état corporel de la jument
  • le développement des mamelles
  • l’absence d’anomalies de l’appareil reproducteur
  • la mise à jour du protocole sanitaire

Certaines vaccinations sont souvent réalisées durant les dernières semaines de gestation, notamment contre le tétanos et la rhinopneumonie équine. L’objectif est de stimuler la production d’anticorps chez la jument afin qu’ils soient transmis au poulain par l’intermédiaire du colostrum. La vaccination des chevaux et notamment des poulinières et des poulains ne doit jamais être négligée, elle les protège entre autres de maladies mortelles.

Selon la gestion sanitaire de l’élevage, une vermifugation peut également être envisagée avant la mise bas. Cette décision doit toujours être prise en concertation avec le vétérinaire. Pour rappel, les vermifuges sont indispensables aux chevaux, ils nécessitent néanmoins un protocole établi par un vétérinaire pour une utilisation ciblée et raisonnée.

Un box de poulinage adapté

L’environnement dans lequel la jument va pouliner joue un rôle important dans le bon déroulement de la mise bas.

Idéalement, le poulinage se déroule dans un box spacieux, propre et calme. Un box de poulinage mesure généralement entre 16 et 20 m², ce qui laisse suffisamment d’espace à la jument pour se coucher et se relever sans difficulté.

La litière doit être abondante et régulièrement renouvelée afin de maintenir une bonne hygiène. Dans la plupart des cas, on privilégie l’utilisation de la paille car elle limite les risques d’irritation des voies respiratoires chez le poulain.

Point important, il faut vérifier que le box ne comporte pas d’éléments dangereux : clous apparents, angles saillants ou matériel pouvant blesser la jument ou le poulain.

De plus en plus de propriétaires et éleveurs utilisent aujourd’hui des caméras de surveillance ou des détecteurs de poulinage, ce qui permet de suivre la jument à distance tout en limitant les dérangements. Ces dispositifs sont une aide précieuse d’autant que 90% des poulinages ont lieu la nuit.

Préparer le matériel nécessaire

Même si l’intervention humaine reste rarement nécessaire lors d’un poulinage normal, il est préférable d’avoir à disposition un minimum de matériel.

On prépare généralement :

  • des gants propres ou stériles
  • un désinfectant adapté
  • des serviettes propres pour sécher le poulain si nécessaire
  • un thermomètre
  • une solution de teinture d’iodé à 2% ou de chlorhexidine à 0,5% pour la désinfection du cordon ombilical. Attention, ces deux solutions sont à faire préparer par un pharmacien en raison de leur dosage spécifique.
  • les coordonnées du vétérinaire et du service de garde
  • Du colostrum de substitution sous forme de kit d’urgence  

Une bonne préparation est à la portée de tous et elle se révèle efficace en termes de temps lorsque qu’un imprévu se présente.

Les signes annonciateurs du poulinage

À l’approche de la mise bas, la jument présente plusieurs modifications physiques et comportementales. Ces signes peuvent apparaître plusieurs semaines avant le poulinage, mais ils deviennent généralement plus marqués dans les derniers jours. Être attentif à tous ces petits signes permet une surveillance étroite et ainsi se préparer de façon plus sereine.

Les modifications physiques

Le développement des mamelles

Les mamelles commencent à se développer progressivement dans les semaines précédant la mise bas. À mesure que le poulinage approche, elles deviennent plus tendues et se remplissent de colostrum.

Dans les dernières 24 à 48 heures, il est fréquent d’observer l’apparition de petites gouttes de colostrum séché à l’extrémité des trayons. Ce phénomène est souvent appelé la formation de “cire”.

Le relâchement des ligaments du bassin

Les ligaments situés autour de la base de la queue se relâchent progressivement afin de préparer le passage du poulain. Ce relâchement donne parfois l’impression que la croupe est légèrement creusée de chaque côté de la queue.

L’évolution de la vulve

La vulve s’allonge et devient plus souple à mesure que la mise bas approche. Cette modification est liée aux changements hormonaux qui préparent l’organisme de la jument au poulinage.

Les changements de comportement

Certaines juments deviennent plus agitées ou changent légèrement de comportement dans les heures qui précédent la mise bas.

On peut notamment observer :

  • une tendance à s’isoler
  • des mouvements répétés pour se coucher et se relever
  • un grattage du sol
  • des regards fréquents vers les flancs

Ces comportements sont généralement annonciateurs du début du travail. Il est temps de mettre la jument dans un endroit propre et calme si ce n’est pas déjà fait. En effet, il est conseillé de rentrer la poulinière le soir dans un box propre et confortable quelques semaines avant la date présumé du terme. Sachant que 90% des poulinières mettent bas la nuit, il s’agit là d’une sécurité.

La jument a besoin de calme pour pouliner, si tout se passe bien, mieux vaut observer la mise bas à distance que d’être à côté d’elle. L’émotion peut être très forte durant ces moments, le stress et la peur peuvent prendre le dessus d’où la nécessité de parfois confier le poulinage à un professionnel de l’élevage ou à une clinique vétérinaire.

Comment se déroule le poulinage ?

Le poulinage chez la jument est un processus relativement rapide qui se déroule en trois phases distinctes.

Phase 1 : la dilatation

Cette première phase correspond au début des contractions utérines et à la dilatation du col de l’utérus. Elle peut durer entre une et quatre heures.

La jument peut présenter des signes d’inconfort tels que :

  • agitation
  • transpiration
  • alternance de positions debout et couchée

La rupture de la poche des eaux marque généralement le passage à la phase suivante.

Phase 2 : l’expulsion du poulain

La phase d’expulsion est la plus spectaculaire mais aussi la plus courte. Elle dure généralement entre 15 et 30 minutes.

Lorsque le poulinage se passe normalement, le poulain se présente avec les deux membres antérieurs en avant et la tête placée entre les membres.

La jument expulse généralement le poulain en position couchée, sous l’effet des contractions utérines.

Si aucune progression n’est observée après une vingtaine de minutes de contractions actives ou si la présentation du poulain semble anormale, il faut immédiatement alerter le vétérinaire.

Phase 3 : l’expulsion du placenta

Après la naissance du poulain, la jument doit expulser le placenta. Cette phase intervient généralement dans les deux heures qui suivent la mise bas.

Une rétention placentaire constitue une urgence vétérinaire, car elle peut entraîner des complications graves, notamment des infections utérines, une septicémie ou une fourbure.

Il est recommandé de conserver le placenta afin que le vétérinaire puisse vérifier qu’il est complet. Vous pouvez l’étaler au sol en F pour observer son apparence et son intégrité à la lumière. Il doit être entier, d’aspect homogène et de couleurs rouge plus ou moins foncée. En attente du vétérinaire, il est conseillé de conserver le placenta dans un sac plastique au frais.

POULINAGE CHEZ LE CHEVAL

Lors du poulinage, l'expulsion du poulain dure entre 15 et 30mn, au-delà un vétérinaire doit intervenir en urgence. Credit photo saginawvalleyequine 

Les premières heures du poulain

Ça y est, le poulain est né mais pour autant, rien n’est terminé ! Les premières heures de vie sont déterminantes pour la santé du poulain.

La règle des « 1-2-3 »

Les vétérinaires utilisent souvent un repère simple pour évaluer la vitalité du poulain :

  1. le poulain doit se lever dans l’heure qui suit sa naissance
  2. il doit téter dans les deux heures
  3. il doit émettre ses premiers méconiums dans les trois heures

Tout retard important impose de contacter un vétérinaire en urgence car la vie du poulain en dépend.

POULINAGE ET EQUIDES

Dès sa naissance le poulain nécessite une surveillance étroite. Crédit photo Yvon Hoogers pour Unsplash

 

L’importance du colostrum

Le poulain naît presque totalement dépourvu d’immunité. Sa protection contre les infections dépend donc entièrement du colostrum qui est le premier lait produit par la jument.

Ce lait très riche en anticorps permet au poulain d’acquérir une immunité passive essentielle à sa survie.

Il arrive lors de certaines situations comme le décès de la jument durant le poulinage ou lors d’une production de colostrum trop faible, que le poulain n’a pas accès à ce breuvage maternel indispensable à sa survie. Il est alors capital de lui donner avant ses douze heures de vie du colostrum (de substitution ou issue d’une banque) au biberon, idéalement 100ml toutes les heures durant les premières 24h.

POULINAGE CHEZ LE CHEVAL

Pour son système immunitaire le poulain doit recevoir du colostrum durant ses premières 24h de vie. Crédit photo Robert Hoffmann pour Unsplash

La désinfection du cordon ombilical

Le cordon ombilical se rompt généralement naturellement lorsque la jument ou le poulain se lève.

Le moignon ombilical doit ensuite être désinfecté avec une solution iodée à 2% ou une solution de chlorhexidine à 0,5% afin de limiter les risques d’infection. Cette opération doit être réalisée 3 à 4 fois durant les premières 24h puis 2 fois par jour les 5 jours suivants.

Cette désinfection est très importante car le moignon ombilical peut être la porte d’entrée de germes pouvant entrainer des septicémies chez ce nouveau-né dépourvu de défense immunitaire.

Signes d’urgence pendant le poulinage

Certaines situations doivent conduire à contacter immédiatement un vétérinaire :

  • aucune progression après 20 à 30 minutes de contractions actives
  • apparition d’une poche rouge à la vulve
  • présentation anormale du poulain
  • poulain qui ne se lève pas ou ne tète pas
  • placenta non expulsé après deux heures
  • jument qui présente une douleur intense ou un comportement anormal

Dans ces situations, la rapidité d’intervention est déterminante pour la survie de la jument et du poulain.

Les premiers jours du poulain

Les 72 premières heures sont particulièrement importantes pour la santé du poulain.

Il convient de surveiller attentivement :

  • l’état général du poulain
  • la fréquence des tétées
  • l’émission des urines et des selles
  • la cicatrisation du nombril

Dans de nombreux élevages, un dosage sanguin des immunoglobulines (IgG) est réalisé entre 18 et 24 heures après la naissance afin de vérifier que le transfert d’immunité a bien eu lieu.

Il est fortement recommandé de prévoir une visite vétérinaire dans les premiers jours de vie du poulain.

Idées reçues sur le poulinage : démêler le vrai du faux

Certaines croyances restent encore très répandues autour du poulinage et il est important de faire le point :

  • « La jument se débrouille toujours seule » : La majorité des juments mettent bas sans assistance. Toutefois, certaines complications peuvent survenir très rapidement, ce qui rend la surveillance indispensable.
  • « Il faut aider la jument en tirant sur le poulain » : Intervenir sans expérience peut provoquer des blessures graves pour la jument comme pour le poulain.
  • « Le poulain peut attendre pour téter » : L’ingestion du colostrum dans les premières heures est essentielle pour l’immunité du poulain et sa survie.
  • « Il faut couper le cordon ombilical » : Dans la plupart des cas, le cordon se rompt naturellement lorsque la jument ou le poulain se lève.

FAQ : Questions fréquentes sur le poulinage

  • Combien de temps dure la gestation d’une jument ? La gestation dure en moyenne 340 jours, mais des variations de plusieurs jours sont fréquentes.
  • À partir de quand faut-il surveiller la jument nuit et jour ? La surveillance rapprochée commence généralement 10 à 15 jours avant la date présumée de poulinage.
  • Combien de temps dure l’expulsion du poulain ? La phase d’expulsion dure généralement entre 15 et 30 minutes.
  • Quand faut-il appeler le vétérinaire ? Lorsque la progression s’arrête, qu’une présentation anormale apparaît ou que le poulain ne se lève pas rapidement.
  • Pourquoi le colostrum est-il si important ? Il apporte les anticorps nécessaires à l’immunité du poulain.
  • Le placenta doit-il être vérifié ? Oui, il est recommandé de le conserver afin que le vétérinaire puisse vérifier qu’il est complet.

 

Ce qu’il faut retenir sur le poulinage

Le poulinage est un processus naturel qui se déroule le plus souvent sans difficulté. Néanmoins, il reste une étape sensible qui nécessite préparation, observation et réactivité.

Une bonne connaissance des signes annonciateurs et du déroulement normal de la mise bas permet d’intervenir rapidement si une complication apparaît.

Dans certaines situations, les complications obstétricales ou néonatales peuvent entraîner des frais vétérinaires importants. Une assurance santé chevaux peut alors être une protection utile pour accompagner les propriétaires face aux imprévus liés à la reproduction.

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