Lorsqu’un cheval se met à trébucher, à croiser les membres ou à perdre l’équilibre sans raison apparente, l’inquiétude est immédiate. Et pour cause, en effet derrière ces signes parfois discrets peut se cacher un trouble neurologique particulièrement grave et sérieux, l’ataxie.
L’ataxie n’est pas une maladie en tant que telle, mais bien un symptôme. Elle est la réponse à un dysfonctionnement du système nerveux, qui empêche le cheval de coordonner correctement ses mouvements. Autrement dit, ce n’est pas le ou les membres qui sont en cause, mais l’information nerveuse qui lui parvient.
Il s’agit là d’un point est fondamental, car il conditionne toute la suite des choses. Face à un cheval ataxique, l’enjeu n’est pas seulement de constater un trouble locomoteur, mais bien d’en identifier l’origine neurologique.

L'ataxie chez le cheval entraine des problèmes de coordination motrices dont les causes sont variées crédit photo Philippe Oursel pour Unsplash
D’un point de vue médical, l’ataxie correspond à une altération de la coordination motrice liée à une atteinte du système nerveux central ou périphérique. Chez le cheval, elle est le plus souvent associée à un défaut de proprioception, c’est-à-dire une incapacité à percevoir correctement la position de ses membres dans l’espace.
Concrètement, le cheval “ne sent plus” précisément où il pose ses pieds. Il peut alors adopter une démarche anormale, hésitante, voire dangereuse.
Ce type de trouble est bien documenté en neurologie vétérinaire. Comme le rappelle Mayhew (2009) (1), spécialiste de référence en neurologie équine, l’ataxie est l’un des signes cliniques majeurs des affections médullaires chez le cheval.
L’un des défis majeurs de l’ataxie réside dans sa détection. Dans les formes avancées, les signes sont évidents et les propriétaires des chevaux ne peuvent pas les louper. Mais dans les stades précoces, ils peuvent passer inaperçus, notamment pour un œil non entraîné.
Un cheval ataxique présente généralement une démarche irrégulière. Il peut traîner les pieds, les lever de manière excessive ou les poser de façon imprécise. Lorsqu’il recule, on remarque souvent un manque de coordination et une déviation de sa trajectoire. Dans certains cas, le cheval croise les membres ou adopte une position anormale pour maintenir son équilibre.
Ce qui doit particulièrement alerter les propriétaires ou gardiens de chevaux, c’est l’instabilité. Un cheval qui semble hésiter dans ses mouvements, qui perd l’équilibre dans les virages ou qui trébuche fréquemment doit faire l’objet d’un examen vétérinaire.
Dans les cas plus sévères, les troubles deviennent évidents. Le cheval peut chuter, rencontrer des difficultés à se relever ou devenir dangereux à manipuler.
Tous les chevaux ataxiques ne présentent pas les mêmes symptômes, car les zones du système nerveux atteintes peuvent varier d’un cas à l’autre.
L’ataxie dite proprioceptive est de loin la plus fréquente. Elle est liée à une atteinte de la moelle épinière et entraîne une mauvaise perception des membres. C’est typiquement ce que l’on observe dans les compressions cervicales.
L’ataxie cérébelleuse, plus rare, concerne le cervelet, une structure essentielle à la coordination des mouvements. Dans ce cas, le cheval peut présenter des gestes exagérés, parfois spectaculaires, avec une difficulté à ajuster ses mouvements.
Enfin, l’ataxie vestibulaire, encore plus rare, touche l’équilibre. Elle s’accompagne souvent d’une inclinaison de la tête et d’une perte de stabilité latérale.
L’ataxie peut avoir des origines très variées, mais elles ont toutes un point commun qui est une atteinte du système nerveux.
La cause la plus fréquente reste le syndrome de Wobbler, également appelé myélopathie cervicale compressive. Il s’agit d’une compression de la moelle épinière au niveau des vertèbres cervicales. Cette affection touche principalement les jeunes chevaux en croissance rapide, notamment les grandes races. Notons que les travaux de Reed et Bayly (2017) (2), confirment qu’il s’agit de la première cause d’ataxie chez les chevaux de sport.
Les causes infectieuses doivent également être prises en compte. Certaines maladies virales, comme l’herpès virus équin de type 1 (EHV-1) ou le virus West Nile, peuvent provoquer des atteintes neurologiques sévères. Dans ces cas-là, l’ataxie s’accompagne souvent d’autres signes, comme de la fièvre ou une altération de l’état général.
Les traumatismes représentent une autre cause non négligeable. Une chute, un choc ou une fracture cervicale peuvent endommager la moelle épinière et entraîner des troubles de la coordination.
Il existe aussi des causes toxiques. Certaines plantes, comme le séneçon, sont connues pour leurs effets neurotoxiques indirects, notamment via des atteintes hépatiques pouvant secondairement impacter le système nerveux. L’intoxication à la porcelle enracinée entraine elle des symptômes neurologiques appelés le harper australien.
Enfin, certaines maladies d’origine génétique peuvent être en cause. L’atrophie cérébelleuse, par exemple, est bien décrite chez le cheval arabe et entraîne une dégénérescence progressive du cervelet.
Le diagnostic de l’ataxie repose avant tout sur un examen clinique approfondi. Le vétérinaire observe le cheval en mouvement, réalise des tests spécifiques de proprioception et évalue la coordination globale.
Mais identifier l’ataxie ne suffit pas. Toute la difficulté consiste à en déterminer la cause.
Pour cela, il est nécessaire de réaliser des examens complémentaires. Les radiographies cervicales permettent de visualiser d’éventuelles anomalies osseuses. La myélographie, examen plus technique, permet d’évaluer les compressions de la moelle épinière. Dans certains centres spécialisés ou même certaines grandes cliniques équines, l’IRM peut être utilisées pour identifier la cause de l’ataxie.
Des analyses sanguines ou un prélèvement du liquide céphalorachidien peuvent également être réalisées pour rechercher une origine infectieuse ou inflammatoire.
La prise en charge d’un cheval ataxique dépend entièrement de la cause identifiée. Il n’existe pas de traitement universel.
Dans le cas du syndrome de Wobbler, une intervention chirurgicale peut être envisagée dans certains cas, notamment chez les jeunes chevaux. Elle vise à stabiliser les vertèbres et à réduire la compression médullaire. Cependant, les résultats restent variables et le pronostic doit être évalué avec la plus grande prudence.
Lorsque l’ataxie est d’origine infectieuse, le traitement repose sur la gestion de l’inflammation et le soutien de l’organisme. Les anti-inflammatoires sont fréquemment utilisés, associés à des soins de support adaptés.
En cas de traumatisme, le repos strict est essentiel. La récupération dépendra de l’importance des lésions nerveuses.
Dans certaines situations, une amélioration partielle peut être obtenue grâce à une rééducation adaptée. La physiothérapie et la gestion de l’environnement peuvent contribuer à sécuriser le cheval et à optimiser sa qualité de vie.
Le pronostic d’un cheval ataxique est extrêmement variable. Certains chevaux présentant des formes légères peuvent continuer à vivre dans de bonnes conditions, avec des adaptations. D’autres, en revanche, présentent des troubles sévères incompatibles avec une vie en sécurité.
La question de la sécurité est centrale. Un cheval ataxique peut chuter sans prévenir, ce qui représente un risque important pour lui-même, mais aussi pour les personnes qui le manipulent. Rappelons qu’en moyenne un cheval pèse 500kg et que s’il chute sur un humain les conséquences pour la victime peuvent être dramatiques.
Dans les cas les plus graves, l’euthanasie peut être envisagée, non pas comme un échec, mais comme une décision de protection et de bien-être.
Il est fréquent de confondre ataxie et simple problème locomoteur. Pourtant, la distinction est très importante. Un cheval qui boîte n’est pas forcément ataxique, et inversement.
Autre idée reçue : penser qu’un cheval ataxique peut être travaillé normalement. En réalité, même une ataxie modérée augmente considérablement le risque de chute.
Certains propriétaires espèrent également une amélioration spontanée. Or, dans la majorité des cas, l’ataxie nécessite une prise en charge médicale et ne disparaît pas seule.
Enfin, tous les chevaux ataxiques ne sont pas condamnés. Le pronostic dépend avant tout de la cause et de la sévérité des lésions.
Un cheval ataxique ressent-il de la douleur ?
Pas systématiquement. La douleur dépend de l’origine du trouble. Une atteinte neurologique pure peut être indolore, contrairement à une cause traumatique.
Peut-on monter un cheval ataxique ?
Dans la majorité des cas, il est fortement déconseillé de monter un cheval atteint d’ataxie. Le risque d’accident est trop important.
L’ataxie est-elle contagieuse ?
Non, sauf si elle est liée à une maladie infectieuse comme l’EHV-1.
Peut-on guérir un cheval ataxique ?
Certaines formes sont réversibles, mais beaucoup ne le sont pas. Tout dépend de la cause.
L’ataxie chez le cheval est un symptôme complexe qui ne doit jamais être pris à la légère. Derrière une simple démarche irrégulière peut se cacher une atteinte neurologique sérieuse, nécessitant une prise en charge rapide et adaptée.
Pour cette raison, l’observation du cheval reste un outil essentiel. Un changement de locomotion, même discret, doit toujours être considéré comme un signal d’alerte et nécessiter une consultation vétérinaire.
Parce qu’au-delà du diagnostic, l’enjeu est double : préserver la santé du cheval, mais aussi garantir la sécurité de tous.
Un cheval ataxique représente des frais vétérinaires qui sont souvent lourds en raison des examens liés au diagnostic puis à sa prise en charge. En faisant le choix d’une assurance santé pour votre cheval, vous prenez le parti de pouvoir lui offrir des soins vétérinaires de qualité tout en préservant votre sécurité financière.
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Sources scientifiques : (1) Mayhew, I.G. (2009). Large Animal Neurology, Wiley-Blackwell , (2) Reed, S.M., Bayly, W.M., Sellon, D.C. (2017). Equine Internal Medicine, Elsevier, (3) Aleman, M. (2015). Neurologic diseases in horses – UC Davis Veterinary Medicine, Drapeau et al. (2005). Cervical vertebral stenotic myelopathy in horses, IFCE Ressources sur les affections locomotrices et neurologiques équines, Merck Veterinary Manual – Neurologic disorders of horses
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