L’alimentation du cheval fait régulièrement l’objet de débats et de discussions et le sujet de l’amidon ne fait pas exception. Accusé d’être responsable de nombreux troubles digestifs, métaboliques et comportementaux, il peut se voir totalement exclu des rations mais parfois à tort.
En réalité, l’amidon n’est ni un ennemi ni une substance anodine. Son utilisation demande une bonne compréhension du fonctionnement digestif du cheval et des limites physiologiques de son organisme. Les recherches scientifiques menées ces dernières années ont permis d’affiner ces connaissances et ainsi de mieux définir les seuils de tolérance de l’amidon chez le cheval.
Comprendre comment fonctionne l’amidon, son rôle et les conditions dans lesquelles il devient problématique permet d’améliorer la santé du cheval, mais aussi de prévenir des pathologies lourdes aux conséquences financières importantes.
L’amidon est un glucide (sucre) complexe présent en grande quantité dans les céréales comme l’orge, le maïs ou l’avoine. Il constitue une source de réserve d’énergie à la plante pour assurer sa croissance. Cette réserve d’énergie explique son intérêt dans l’alimentation des chevaux de travail.
Chez le cheval, la digestion de l’amidon débute dans l’intestin grêle, où il est dégradé en glucose grâce à l’action d’enzymes comme l’amylase pancréatique. Ce glucose est ensuite absorbé et utilisé comme carburant énergétique, notamment pour l’effort musculaire.
Toutefois, contrairement aux espèces omnivores, le cheval dispose d’une capacité enzymatique relativement limitée pour digérer de grandes quantités d’amidon. Cette particularité est directement liée à son évolution. En effet, le cheval est un herbivore dont le système digestif est conçu pour valoriser les fibres, et non les concentrés riches en glucides.
Comme le souligne le National Research Council dans ses recommandations nutritionnelles équines, « la capacité de digestion de l’amidon dans l’intestin grêle du cheval est limitée, et un excès entraîne un passage dans le gros intestin » (NRC, 2007).
C’est précisément ce mécanisme qui explique la majorité des dérives observées en cas de ration mal équilibrée.
Malgré ses limites, l’amidon conserve une utilité bien réelle, notamment dans des contextes où les besoins énergétiques du cheval dépassent ce que les fibres peuvent fournir.
Prenons l’exemple du cheval de sport dont l’effort intense nécessite une énergie rapidement disponible. Les réserves de glycogène (glucose) musculaire, directement issues du glucose, jouent un rôle clé dans la performance. Il faut savoir que le glycogène permet aux muscles de l’équidé de produire de l’énergie de façon très rapide notamment lorsque la vitesse physique augmente ou de travail intense.
Plusieurs études ont montré que les régimes contenant de l’amidon permettent d’optimiser ces réserves, en particulier pour les efforts de haute intensité (Harris et al., 2017).
De la même manière, chez un cheval en état corporel insuffisant, l’amidon peut contribuer à restaurer plus rapidement l’état général, à condition d’être correctement dosé.
Toutefois, ces bénéfices ne doivent jamais faire oublier que l’amidon est utile et bénéfique uniquement lorsqu’il reste dans les capacités de digestion du cheval.

L'amidon est une source de glucose utile pour les chevaux de sport et leurs performances. Crédit photo David Geneugelijk pour Unsplash
Les recommandations actuelles reposent sur des données expérimentales solides. Elles visent à éviter le passage d’amidon non digéré dans le gros intestin, qui constitue le principal facteur de risque. Lorsque l’amidon est ingéré en quantité trop importante et n’est pas digéré dans l’intestin grêle, il passe dans le gros intestin. De là, il y fermente et peut être responsable d’épisode de coliques et de crise de fourbure chez le cheval.
Les études de Meyer et Coenen, largement repris en nutrition équine, indiquent qu’un apport supérieur à environ 2 grammes d’amidon par kilogramme de poids vif et par repas augmente significativement le risque de troubles digestif et intestinaux (Meyer & Coenen, 2014).
Dans une approche plus prudente, certains scientifiques recommandent de rester en dessous de 1 gramme par kilogramme de poids vif chez les chevaux sensibles, notamment ceux présentant des antécédents digestifs ou métaboliques. Cela représente 500gr maximum d’amidon par repas pour un cheval de 500kg.
L’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) confirme cette approche en précisant que les apports doivent être fractionnés et adaptés à l’équidé afin de limiter les perturbations digestives.
Pour exemple, 1kg d’orge contient environ 550gr d’amidon.

2kg d'orge contient environ 550 gr d'amidon crédit photo Pic Studio pour Unsplash
Comme abordé dans le chapitre précédent, lorsque la capacité de digestion de l’intestin grêle est dépassée, l’amidon non digéré arrive dans le gros intestin, où il subit une fermentation rapide.
Ce phénomène entraîne une production importante d’acides, notamment d’acide lactique, qui modifie brutalement le pH du milieu. Cette acidification provoque une destruction partielle du microbiote, essentielle à la digestion des fibres.
Plusieurs études ont démontré que cette dysbiose peut entraîner des troubles variés, allant de la diarrhée aux coliques, en passant par une baisse de l’efficacité digestive (Julliand et Grimm, 2016).
Mais malheureusement, les conséquences d’un excès d’amidon ne s’arrêtent pas au système digestif et il est important d’en prendre conscience pour la santé générale du cheval
Les recherches récentes ont mis en évidence le rôle de l’amidon dans le développement de certaines pathologies métaboliques.
On sait que l’ingestion d’aliments riches en amidon provoque une élévation rapide de la glycémie, suivie d’une sécrétion d’insuline. Chez certains chevaux, notamment ceux atteints de syndrome métabolique équin ou d’insulinorésistance, cette réponse est exacerbée.
Or, il est aujourd’hui clairement démontré que l’hyperinsulinémie est un facteur majeur de déclenchement de la fourbure endocrinienne (Asplin et al., 2007 ; Durham et al., 2019).
Ces données ont modifié les recommandations alimentaires, notamment pour les chevaux âgés ou atteints de maladies comme le syndrome de Cushing. Les recommandations alimentaires sont une réduction conséquente voir stricte de l’amidon chez ces chevaux.

Les chevaux atteints de syndrome métabolique, du syndrome du cushing ou sujets à la fourbure sont excessivement sensibles à l'amidon, il est recommandé de ne pas leur en donner. Crédit photo Markus Cammermann pour Unsplash
L’impact de l’amidon ne se limite pas aux troubles digestifs profonds. Il influence également l’équilibre gastrique et le comportement du cheval.
Les régimes riches en amidon sont associés à une augmentation du risque d’ulcères gastriques chez le cheval, en particulier chez le cheval de sport. L’une des explications réside dans la diminution du temps de mastication et donc de production de salive, qui joue un rôle tampon essentiel (Murray et al., 2016).
Par ailleurs, plusieurs observations de terrain et études font état qu’un excès d’amidon peut favoriser des comportements d’excitabilité, probablement liés aux fluctuations rapides de la glycémie.
Face à ces enjeux de santé équine, le choix de l’aliment ne peut pas se limiter à un simple pourcentage affiché sur une étiquette.
Ce qui compte avant tout, c’est la quantité totale d’amidon réellement ingérée par le cheval au cours de la journée, et surtout par repas.
Un aliment modérément riche en amidon peut être parfaitement adapté s’il est distribué en quantité raisonnable et correctement fractionné. À l’inverse, un aliment présenté comme “pauvre en amidon” peut devenir problématique s’il est donné en grande quantité.
La forme de l’amidon joue également un rôle. Les procédés technologiques comme le floconnage ou l’extrusion améliorent la digestibilité dans l’intestin grêle, ce qui réduit le risque de fermentation dans le gros intestin.
Enfin, il est indispensable d’adapter l’apport au profil du cheval. Un cheval de loisir nourri essentiellement au foin n’a pas les mêmes besoins qu’un cheval de sport ou qu’un cheval atteint de troubles métaboliques.
Les pathologies liées à une mauvaise gestion de l’amidon font partie des causes fréquentes d’intervention vétérinaire. Coliques, fourbure, troubles digestifs chroniques ou ulcères gastriques sont responsables de coûts financiers importants et mais aussi de compromettre la carrière du cheval.
Lorsqu’on devient conscient de ces enjeux, la maîtrise de l’alimentation devient un véritable levier de prévention. Adapter et respecter les apports en amidon permet de limiter les risques sur la santé du cheval mais aussi sur son bien-être.
Le cheval a-t-il besoin d’amidon ? Non, le cheval peut couvrir ses besoins énergétiques uniquement avec des fibres et des lipides. L’amidon devient utile lorsque les besoins énergétiques augmentent comme chez le cheval de sport.
Quelle est la quantité maximale d’amidon par repas ? Les recommandations scientifiques situent ce seuil autour de 1 à 2 g par kg de poids vif, avec une marge de sécurité plus basse pour les chevaux sensibles.
Un cheval au repos doit-il consommer des céréales ? Dans la majorité des cas, non. Un bon fourrage suffit à couvrir ses besoins à raison de 2 à 2.8 kg de foin pour 100 kg de poids vif et par jour
L’amidon est-il responsable de la fourbure ? Il n’est pas le seul facteur, mais il peut déclencher une réponse insulinique impliquée dans la fourbure endocrinienne.
Comment savoir si mon cheval tolère mal l’amidon ? Des signes digestifs (crottins mous, coliques), une nervosité accrue ou des variations d’état corporel peuvent être des signes d’alerte.
Il est fréquent d’entendre que l’amidon est systématiquement nocif pour le cheval. Cette vision est réductrice car il s’agit avant tout d’une question de dosage et de contexte.
À l’inverse, considérer qu’un aliment faible en amidon est toujours préférable est également une erreur. Dans certains cas, notamment chez le cheval de sport, un apport contrôlé en amidon est nécessaire.
Enfin, supprimer totalement l’amidon ne constitue pas une solution universelle. Cela peut même entraîner des déséquilibres si l’apport énergétique n’est pas compensé autrement.
Les connaissances scientifiques actuelles permettent aujourd’hui de dépasser les oppositions simplistes entre “avec” ou “sans” amidon.
L’enjeu réel réside dans l’adaptation de la ration aux besoins du cheval et dans le respect de ses capacités digestives. Une gestion maîtrisée de l’amidon contribue à préserver la santé digestive, limiter les risques métaboliques et sécuriser le bien-être du cheval à long terme.
Dans une logique de prévention, elle reste un élément clé de la gestion globale du cheval, au même titre que son suivi vétérinaire ou ses conditions de vie.
Le cheval exige une excellente maitrise de son alimentation, de ses conditions de vie, de son travail et de ses soins quotidiens. Malgré une telle maîtrise, il n’est pas à l’abri de déclencher un souci de santé ou même d’avoir un accident au paddock ou en séance de travail. C’est dans ce contexte que l’assurance chevaux prend tout son sens.
Les frais vétérinaires peuvent vite chiffrer chez le cheval. Cependant, en souscrivant une assurance santé cheval vous sécurisez votre budget et permettez à votre cheval de recevoir les soins nécessaires à sa guérison.
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