L’espérance de vie des chevaux est supérieure à celle d’il y a quelques dizaines d’années. Une meilleure alimentation, des soins vétérinaires de plus en plus performants et une meilleure connaissance de leurs besoins permettent à de nombreux chevaux de profiter d'une retraite active bien au-delà de vingt ans. Cette longévité est une très bonne nouvelle, mais elle s'accompagne aussi de certaines maladies directement liées au vieillissement. Parmi elles, les lipomes pédiculés occupent une place particulière.
Le mot « lipome » peut être source d’inquiétude chez les propriétaires. Il est régulièrement associé aux coliques graves du cheval âgé et aux chirurgies d'urgence. Pourtant, tous les lipomes ne sont pas dangereux et beaucoup de chevaux vivent toute leur vie avec ces petites masses graisseuses sans jamais présenter le moindre symptôme.
Le vrai danger apparaît lorsqu'un lipome se développe dans l'abdomen du cheval et forme un long pédicule capable d'étrangler une partie de l'intestin. Cette complication est l'une des causes les plus fréquentes de coliques par strangulation chez les chevaux seniors. Elle nécessite une prise en charge vétérinaire rapide.
Les connaissances scientifiques ont énormément progressé ces dernières années. Si le vieillissement reste le principal facteur de risque des lipomes, la science s'intéresse désormais au rôle du métabolisme et de l'état corporel des chevaux dans le développement de ces tumeurs bénignes. Empêcher totalement leur apparition n’est pas possible, mais certaines mesures de prévention sont susceptibles de contribuer à limiter les facteurs qui favorisent leur apparition.
Un lipome est une tumeur bénigne constituée de cellules graisseuses. Contrairement à un cancer, il ne produit pas de métastases et ne se propage pas dans l'organisme. Chez le cheval, ces masses peuvent se développer dans différents tissus, mais les plus préoccupantes sont celles situées dans la cavité abdominale.
Au départ, le lipome ressemble à un petit amas de graisse. Inoffensif au début, au fil des années, il peut augmenter progressivement de volume et se fixer à une sorte de tige fibreuse appelée pédicule. C’est cette particularité anatomique qui est responsable des complications les plus graves.
Le lipome pédiculé peut se déplacer librement dans l'abdomen au gré des mouvements naturels des intestins. Pour imager sa présence, on peut dire qu’il est tel un hamac dans le ventre du cheval. Tant qu'il n'interfère pas avec le fonctionnement du tube digestif, le cheval ne présente aucun signe clinique et son propriétaire ignore sa présence.
Le problème survient lorsqu'une portion d'intestin passe à travers une boucle formée par ce pédicule. Celui-ci agit alors comme un lien qui se resserre progressivement autour de l'intestin et bloque sa circulation sanguine.
Il est important de rappeler qu'un lipome reste une tumeur bénigne. Ce n'est donc pas sa nature qui est dangereuse, mais bien les conséquences mécaniques qu'il peut entraîner dans l'abdomen du cheval.
L'âge est le principal facteur de risque identifié dans les cas de lipomes. Les études vétérinaires montrent que les lipomes pédiculés sont observés en grande majorité chez les chevaux de plus de quinze ans. De plus, la fréquence leur apparition augmente encore chez les équidés les plus âgés.
Cette évolution s'explique certainement par le fait que leur développement prend du temps. Effectivement, les lipomes se développent lentement, plusieurs années sont nécessaires pour qu'ils atteignent une taille suffisante et forment un pédicule capable de provoquer un étranglement intestinal.
Les poneys et certaines races d’équidés de petit format semblent être légèrement plus représentés dans les études, même si tous les chevaux peuvent être concernés.
Ces dernières années, les chercheurs se sont également intéressés au rôle des troubles métaboliques. Chez le cheval, le tissu graisseux est aujourd'hui considéré comme un véritable organe capable de produire différentes substances impliquées dans le fonctionnement de l'organisme.
L'obésité et le syndrome métabolique équin entraînent des modifications importantes de ce tissu adipeux. Même si les mécanismes exacts restent à préciser, plusieurs études suggèrent qu'un excès de graisse corporelle pourrait favoriser le développement de certaines tumeurs graisseuses, dont les lipomes.
Toutefois, il serait faux de dire qu'un cheval en surpoids développera forcément un lipome ou qu'un cheval mince en sera totalement protégé. A ce jour, les connaissances ne peuvent pas d'établir encore un lien de cause à effet direct.
Cependant, elles rappellent qu'il vaut mieux maintenir un cheval dans un état corporel normal tout au long de sa vie.
Cette notion est d'autant plus importante que le surpoids constitue déjà un facteur de risque reconnu pour d'autres maladies fréquentes du cheval senior. Les équidés âgés sont plus touchés par les maladies métaboliques ou encore la fourbure.
Maintenir un poids stable grâce à une alimentation équilibrée, un accès raisonné aux pâturages riches et à une activité physique adaptée participe à la bonne santé générale du cheval qui vieillit. Ces mesures pourraient contribuer à limiter certains facteurs qui favorisent le développement des lipomes.

Le surpoids chez le cheval est suspecté de favoriser le développement des lipomes. Credit photo Amin sur Unsplash
L'intestin du cheval est un organe particulièrement long et mobile, ce qui qui favorise une bonne digestion. Mais cette particularité explique aussi pourquoi certaines anomalies anatomiques peuvent entraîner des conséquences importantes.
Lorsqu'un lipome pédiculé se développe dans l'abdomen du cheval, il est suspendu à son pédicule et se déplace librement entre les anses intestinales.
À certains moments, une portion d'intestin peut passer à travers une boucle formée par ce pédicule. Sous l'effet des mouvements digestifs, cette boucle se resserre progressivement autour de l'intestin.
Dans un premier temps, le retour veineux est perturbé puis l'intestin gonfle, devient douloureux et les premiers signes de coliques font leur apparition.
Si le phénomène se poursuit, l'arrivée du sang artériel est à son tour interrompue. Les intestins ne sont plus suffisamment oxygénés et commencent alors à s’abimer.
Sans une intervention chirurgicale rapide, cette souffrance évolue vers une nécrose intestinale, ce qui entraîne une péritonite et met en jeu le pronostic vital du cheval.
Les recherches récentes montrent que ce mécanisme est probablement plus complexe qu'on ne le pensait. En effet, les mouvements naturels des intestins ainsi que certaines modifications anatomiques liées au vieillissement pourraient favoriser ces accidents.
Le principal problème est qu'il n'existe aucun signe permettant d'identifier avec certitude un lipome avant l'apparition d'une complication.
En présence d’une strangulation intestinale, le cheval présente les symptômes classiques d'une colique.
Il peut devenir agité, regarder ses flancs, gratter le sol, tenter de se coucher ou de se rouler. Certains chevaux transpirent abondamment tandis que d'autres restent étonnamment calmes malgré une douleur importante.
Une diminution de l'appétit, un arrêt de l'émission des crottins ou une accélération du rythme cardiaque peuvent également être observés.
Chez les chevaux âgés, les premiers symptômes sont parfois modérés retardant la prise en charge, pourtant, les lésions intestinales continuent d'évoluer.
C’est pourquoi il ne faut jamais banaliser les signes de colique chez un vieux cheval, surtout lorsqu'elle persiste malgré les premières mesures mises en place ou lorsque l'état général se dégrade.
Plus l'intervention vétérinaire est rapide, meilleures sont les chances de sauver le cheval.
D’une manière générale, la santé du cheval âgé est plus fragile. Il est important de savoir comment prendre soin de votre vieux cheval pour lui assurer une belle longévité.

Les lipomes peuvent avoir comme conséquences des coliques d'étranglement intestinal. Credit photo Michal Gadeck sur Unsplash
Le diagnostic d'un lipome pédiculé est un véritable défi pour le vétérinaire. L'examen clinique permet d'évaluer l'état général du cheval, sa fréquence cardiaque, les bruits digestifs et l'intensité de la douleur.
Le toucher rectal peut mettre en évidence une distension intestinale compatible avec une obstruction, mais il permet rarement de sentir directement le lipome.
L'échographie abdominale apporte des informations complémentaires sur les intestins et sur la présence éventuelle de liquide dans l'abdomen.
Une analyse du liquide péritonéal peut également aider à évaluer la souffrance intestinale.
Malgré ces examens, il est souvent impossible d'affirmer avec certitude qu'un lipome est responsable de la colique. Le diagnostic définitif est souvent réalisé lors d'une chirurgie exploratrice, qui permet d'identifier la cause exacte de l'obstruction et d'adapter le traitement.
Lorsqu'un lipome pédiculé provoque un étranglement intestinal, il n'existe malheureusement aucun traitement médical capable de résoudre le problème. La chirurgie est la seule option qui permet de sauver la vie cheval.
Une fois le diagnostic suspecté et l'état du cheval stabilisé, il est orienté vers une clinique équine où il subira une chirurgie exploratrice. L'objectif est d'identifier l'origine de l'obstruction, de retirer le lipome et de libérer l'intestin étranglé.
Si la circulation sanguine a pu être rétablie suffisamment tôt, l'intestin retrouve une apparence normale et peut être conservé. En revanche, lorsque les lésions sont trop importantes, le chirurgien doit retirer la portion intestinale nécrosée avant de reconnecter les segments d’intestins sains.
Ces interventions sont délicates et nécessitent une prise en charge spécifique. Elles sont également suivies d'une période d'hospitalisation durant laquelle le cheval est sous traitement antidouleur, avec surveillance rapprochée et réalimentation progressive.
La rapidité d'intervention joue un rôle déterminant dans le pronostic. Lorsque la circulation sanguine est interrompue longtemps, les lésions intestinales deviennent importantes et les complications post-opératoires augmentent.
La bonne nouvelle c’est que les progrès de la chirurgie équine et des soins intensifs ont considérablement amélioré les chances de survie des équidés. Les techniques chirurgicales sont bien mieux maîtrisées et les protocoles de gestion de la douleur ainsi que le suivi post-opératoire sont plus performants.
Mias comme pour beaucoup d'urgences médicales, le temps reste néanmoins un facteur déterminant dans le pronostic du cheval. Rappelons aussi, qu’une colique quelle que soit son origine, reste une urgence vitale pour le cheval.
C'est probablement la question que se posent tous les propriétaires de chevaux seniors.
À ce jour, rien ne permet de prévenir avec certitude l'apparition des lipomes. Le vieillissement est le principal facteur de risque et certains chevaux développent ces masses graisseuses malgré une excellente hygiène de vie.
Les recherches les plus récentes apportent toutefois un message intéressant. Le tissu graisseux n'est plus considéré comme une simple réserve d'énergie. On sait qu’il participe activement au fonctionnement de l'organisme et produit différentes substances impliquées dans le métabolisme.
Chez les chevaux en surpoids ou atteints de syndrome métabolique équin, ce fonctionnement peut être perturbé. Plusieurs études suggèrent que ces modifications pourraient favoriser le développement de certaines tumeurs graisseuses, dont les lipomes.
Même si ce lien demande encore à être confirmé, il nous rappelle que l’obésité chez le cheval entraîne des répercussions parfois inattendues ou sous-estimées. Un excès de poids augmente également :
Préserver un poids stable grâce à une alimentation équilibrée, un accès raisonné aux pâtures et une activité physique adaptée reste du du bon sens.
Attention, on a tendance à penser que chez le cheval senior il faut laisser s'installer un léger embonpoint car il constitue une réserve utile pour affronter l'hiver. Pourtant, un état corporel excessif n'apporte pas de bénéfice démontré et au contraire peut favoriser plusieurs problèmes de santé.
Même si cela ne garantit pas l'absence de lipomes, être attentif au poids de son cheval tout au long de sa vie préserve son capital santé et contribue à limiter certains facteurs favorisant leur développement.
Un lipome est forcément un cancer : C'est faux, il s’agit des tumeurs bénignes constituées de tissu graisseux. Leur danger vient essentiellement de leur localisation et des complications qu'ils peuvent provoquer.
Tous les vieux chevaux auront un lipome : Faux, le risque augmente avec l'âge, mais de nombreux chevaux âgés n'en développeront jamais.
Une petite colique ne peut pas être causée par un lipome : Faux, certains étranglements débutent par des symptômes relativement discrets avant d'évoluer rapidement vers une urgence chirurgicale.
Un cheval opéré d'un lipome ne pourra plus avoir une vie normale : C'est faux, avec une prise en charge rapide, les suites opératoires sont favorables.
Maintenir un cheval à son poids idéal ne sert à rien contre les lipomes : C'est faux et même si aucune étude ne démontre qu'un poids normal empêche leur apparition, les connaissances actuelles suggèrent qu'une bonne gestion du tissu graisseux et des troubles métaboliques participe à préserver la santé générale du cheval et pourrait limiter certains facteurs de risque.
Les lipomes pédiculés représentent aujourd'hui l'une des principales causes de coliques par étranglement chez les chevaux âgés. Bien qu'il s'agisse de tumeurs bénignes, leur localisation dans l'abdomen peut transformer une affection silencieuse en une urgence chirurgicale mettant en jeu le pronostic vital du cheval.
Face à une colique chez un cheval senior, la rapidité de réaction reste déterminante. Tous les épisodes douloureux ne sont pas liés à un lipome, tous les lipomes ne provoqueront pas un étranglement intestinal, mais reconnaître rapidement les signes d'alerte et consulter sans attendre peut faire toute la différence.
La bonne santé du cheval et sa longévité passent par le respect de ses besoins physiologiques mais aussi par les soins vétérinaires tout au long de sa vie. Une assurance santé cheval permet une prise en charge vétérinaire de qualité tant sur le plan des examens que des soins médicaux ou chirurgicaux. Savoir que demain en cas de souci, vous pouvez faire soigner votre cheval dans de bonnes conditions vous permet de rester serein et de profiter de lui pleinement chaque jour qui passe.
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